Masterclass sur la disparition forcée dans le cinéma libanais

Dans le cadre de ses activités dédiées à la promotion de la culture des droits de l’Homme via le cinéma, l’ARMCDH a organisé la neuvième édition des Master Class Cinéma et Droits de l’Homme du 14 au 18 Octobre 2019. Cette édition a mit en avant le cinéma de Ghassan HALWANI, réalisateur libanais.

La Master class de Ghassan HALWANI a été précédée par une semaine de projection de film libanais traitant de la question de la disparition forcée: Cinq films -Deux moyens et trois longs métrages- sélectionnés pour une semaine de projection à Rabat comme suit:

• Lundi 14 Octobre à 19:00 au Cinéma Renaissance
Projection des films « Rêves exceptionnels » Coréalisé par Mai Masrri et Jean Chamoun et « Kidnappés » Réalisé par Bahij Hojeij

• Le Mardi 15 Octobre à 16:30 au Cinéma Renaissance
Projection du film « Nuits sans sommeil » réalisé par Eliane Raheb

• Mercredi 16 Octobre à 19:00 au Cinéma Renaissance
Projection du film « Malaki » réalisé par Khalil Zaarour

• Jeudi 17 Octobre à 19:00 au Cinéma Renaissance
Projection du film « Tirss, rihlat asoo’oud ila almar’ikh » réalisé par Ghassan Halwani

• Vendredi 18 Octobre à 18:00 au Hiba Lab

Master Class avec Ghassan Halwani

Ghassan Halwani vit et travaille à Beyrouth. Après avoir réalisé le court métrage Gibraltar (2005), il collabore principalement avec des cinéastes, des dramaturges, des artistes contemporains, des éditeurs et des musiciens libanais et arabes. Parallèlement à son engagement artistique, Halwani travaille sur la création d’une archive nationale consacrée aux disparitions forcées au Liban. « Eased, ascent of the invisible” (2018) est son premier long-métrage.

La Masterclass a été animée par Ahmed Boughaba, journaliste et critique de cinéma marocain. Directeur de nombreux ciné-clubs marocaines dans les années 1970, il a travaillé pour plusieurs publications, radios et télévisions marocaines avant de publier deux ouvrages sur le cinéma: Tanger sur l’écran et Lecture et analyse des films marocains.

Le premier questionnement de cette rencontre a tourné autour de la méthode de travail et le choix de la photographie dans le travail d’archivage de ces événements. Cette approche est née en réalité des études photographiques qu’a poursuivi Halwani, ainsi que sa spécialisation sur le travail avec l’argentique et le laboratoire. Son approche de la photographie est donc née de ce processus lent, qui n’a mené qu’ensuite à l’utilisation de moyens photographiques modernes dans le cas du film Tirss. Ce cheminement est empreint de cette lenteur, de cette patience fruits du travail en laboratoire et avec l’outil argentique, une étude, une recherche contrastant avec une approche plus rapide et frénétique. Halwani entend donc prendre une distance critique par rapport à l’image en même temps qu’une certaine intimité, une relation complexe. Nous serions passé à une ère digitale et aux outils comme les réseaux sociaux sont prendre possession véritablement de l’image et de l’outil photographique, dans un contexte emprunt par le chaos politique et la répression sécuritaire après 2005. Halwani est donc passé au dessin, auquel il avait un penchant et se considérant « artisan », il a travaillé essentiellement avec cet outil ainsi que dans le domaine de l’animation. Mais en 2006, lors du conflit israélo-libanais, la présence de l’image est devenue très importante et a prit corps avec le conflit politique et armé. C’est à ce moment que Halwani prend conscience de l’importance de l’image et du danger qu’elle peut représenter en tant que narration de guerre. L’image devient alors preuve et les individus deviennent « public ». De ce point de vue, Halwani considère ne pas pouvoir traiter l’image avec simplicité. Les médias ne sont pas, selon lui, un espace où l’on choisit l’image mais où celle-ci est comme une artillerie lourde bombardant d’images.

La rencontre a également traitée de l’isolement et la distanciation que permet le processus de production filmique, en marge ou en lien avec la participation de Ghassan Halwani au comité des familles des disparus au Liban ainsi que le travail d’archivage. Selon Halwani, la participation à ce comité n’est pas un choix mais quelque chose naturelle. Il ajoute que c’est ce comité qui possède et collecte les données et l’archive concernant les disparus, bien entendu avec le concours des familles le composant. Ce film vient donc de l’implication du réalisateur Halwani avec le comité des familles des disparus au Liban et du sentiment lors du choix des études photographiques que le choix photographique semble ne pas être un « travail d’équipe », mais plutôt un travail solitaire. Mais le cinéma est devenu non pas par choix, mais par nécessité, l’espace de ce travail d’équipe. C’est donc un travail collaboratif et un travail avec d’autres dans lequel baigne Halwani depuis le début de ses aventures dans le cinéma.

Le débat a traité de nombreuses autres questionnements auxquels à répondu le réalisateur Ghassan Halwani, tels que les différences entre les contextes internationaux de la disparition forcée et le liens de ces différences avec la nature du conflit, tels que le conflit confessionnel et ethnique, ou encore les guerres civiles, tandis que d’autres contextes sont plus empreints de la répression de l’état et au manque de respect des droits humains. En outre, la spécificité de la question de la disparition forcée au Liban précisement a été traitée. La question du traitement de l’état au Liban de la question des disparus, ainsi que la perception de la société libanaise de la disparition forcée, ont été débattus par la salle. De ce point de vue, le processus de réconciliation au sein du Liban, qui continue encore, a été un point central de la discussion, en comparaison à d’autres processus de réconciliation qu’ont connus d’autres pays.

S’adressant aux étudiants et aux jeunes réalisateurs, en partenariat avec une école ou une université, l’association ARMCDH organise depuis Mars 2014 des Masters class cinéma et droits de l’Homme, offrant au public une occasion d’apprécier la filmographie d’un réalisateur engagée et d’en débattre avec lui. A ce jour, Neuf master classes ont été réalisées avec notamment Merzak Allouache (Algérie), Nouri Bouzid (Tunisie), Nouredine Saïl (Maroc), Moussa Tourré (Sénégal), Pablo Mazzola (Argentine), Ali Essafi (Maroc), Hicham Lasri (Maroc), Faouzi Bensaidi (Maroc) et Ghassan Halwani (Liban)

La nouvelle programmation de l’ Armcdh est organisée avec l’appui financier de l’ Union européenne au Maroc et de l’ Ambassade des Pays-Bas au Maroc et avec la coopération du Centre Cinematographique Marocain ( CCM), le Conseil national des droits de l’Homme ( CNDH ), Cinéma Renaissance, Fondation HIBA, Prestige world, MT prod, et le magazine Sortir Rabat.

Il convient de rappeler que l’ARMCDH organise plusieurs événements par an: Les Je dis cinéma et droits de l’Homme ( JCDH) et les Matinées Enfants (tous les mois à, Rabat, Casablanca, Kénitra, Khouribga et Agadir), la Master class du cinéma et des droits de l’Homme (trimestrielle), la nuit du court métrage des droits humains ainsi que la Nuit Blanche du cinéma et des droits de l’Homme.